CHRONIQUE DU LIVRE : AU BONHEUR DES FAUTES

CHRONIQUE DU LIVRE : AU BONHEUR DES FAUTES

13 septembre 2019 0 Par Véro

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Temps de lectures: 4 minutes

AUTEURE : Muriel GILBERT

EDITIONS : La Librairie Vuibert

Le résumé :

Pas de panique, ceci n’est pas un livre de plus sur cette satanée orthographe qui en a fait pâlir plus d’un à l’annonce d’une dictée !

C’est juste une immersion dans la vie de l’auteure, correctrice au journal « Le Monde ». Eh oui, c’est un métier de corriger les fautes des autres…

Muriel Gilbert nous explique l’origine de sa passion pour les mots, comment, de fil en aiguille et un peu par hasard d’ailleurs, elle est entrée dans ce monde si méconnu et pourtant si passionnant.

Elle en profite pour nous apprendre et nous expliquer quelques règles, c’est vrai. Mais ne vous inquiétez pas, elle le fait d’une manière si agréable et avec tant d’anecdotes (qui nous montrent d’ailleurs que même les plus grands font des fautes !), qu’on en regrette presque de ne pas l’avoir eue comme prof de français !

Allez, je ne résiste pas à vous confier quelques-uns des « bonbons sur la langue », comme les appelle l’auteure, qui m’ont le plus amusée :  

« Le mot oiseaux présente 2 particularités. C’est à la fois le mot le plus court de la langue française qui contienne toutes les voyelles (si l’on ne considère pas le y comme une voyelle à part entière) et le plus long dont on ne prononce aucune des lettres : un vrai casse-tête pour les étrangers ! »

Vous en voulez un autre ?

« Ressasser est le plus long palindrome de la langue française. Un palindrome est un mot que l’on peut lire dans les 2 sens, comme radar ou kayak. Il existe également des phrases palindromes, comme Elu par cette crapule ou La mariée ira mal. »

Voilà de quoi impressionner vos convives, lors des réunions de famille ou entre amis…

Mais on en apprend également plus sur l’Histoire, sur la construction de notre langage, sur l’importance de la ponctuation, sur la vague de féminisation des mots (à laquelle l’Académie Française s’est souvent opposé) et bien entendu sur la dernière réforme de l’orthographe.

Muriel Gilbert nous rappelle aussi que l’évolution de la langue dépend surtout de nous… Effectivement, les nouveaux mots qui rentrent dans le dictionnaire chaque année le font car nous les utilisons couramment. De même pour le féminin des mots : ce sera le féminin le plus utilisé qui entrera dans l’usage. Alors, diriez-vous auteure ou autrice ?

Quelques mots sur la forme de ce livre

Evidemment, ce n’est pas un roman, comme vous vous en doutez, bien que nous entrons tout de même dans la vie de l’auteure, qui nous raconte son parcours, avec légèreté et humour.

Au niveau structure, on retrouve dans chaque chapitre des encadrés, les fameux « bonbons sur la langue » dont je vous ai parlé plus haut. Mais Muriel Gilbert profite également du texte qu’elle écrit pour nous expliquer telle ou telle règle, ou encore comment bien utiliser un mot ou un accord, ce qui peut d’ailleurs changer complètement le sens de la phrase.

Voulez-vous savoir celui qui m’a le plus plu ?

Ecrit-on : des vaches blanches et noires, ou bien des vaches blanc et noir ? Réponse à la page 118 (petit indice : cela dépend si les vaches sont bicolores ou si le troupeau contient des vaches blanches et des vaches noires)

Marrant finalement l’orthographe non ??

A la fin du livre, vous trouverez  en outre une « boîte à outils » regroupant des livres et des sites de référence qui sont utilisés par ces correcteurs professionnels.

3 bonnes raisons de lire ce livre… (même, et surtout, si vous n’êtes pas fan d’orthographe !)

Tout d’abord, pour découvrir, à travers la vie et les péripéties de l’auteure, un métier qui sort du commun. Elle le raconte avec tant d’humour que rien que cela, en vaut la peine !

Ensuite pour toutes les anecdotes relatées. Par exemple, la faute d’orthographe commise par Bernard Pivot lui-même (bon, rappelons que ce Monsieur a tout de même une dictée qui porte son nom !)  ou encore, dans plusieurs communiqués officiels de l’Elysée !

De quoi nous déculpabiliser lorsque nous oublions un petit « s » à un pluriel non ?

Mais il suffit d’ouvrir le journal pour dénicher certaines perles ! Citons notamment « Son cadavre a été ramené sur la plage où il a récupéré rapidement » (au lieu de « où il a été récupéré rapidement » ça fait une différence tout de même, surtout pour le cadavre !)

Car il faut préciser que le correcteur ne s’arrête pas à la vérification de la seule orthographe. Il vérifie également le sens des textes qu’il corrige, du moins dans leur ensemble, pour s’assurer qu’ils transcrivent bien ce que leur auteur a voulu faire passer comme message…

Enfin, bien entendu, il faut lire ce livre pour apprendre. Non seulement les règles oubliées de notre enfance, mais aussi tous les trucs et astuces utilisés par ces experts pour retenir comment s’écrivent certains mots, ou leur genre.

Ainsi, dit-on un anagramme ou une anagramme ? On prononce « une nana-gramme », quoi de plus féminin qu’une nana ?

Pour un astérisque, on retiendra que c’est un garçon, comme Astérix le Gaulois, tout simplement.

Qui a dit que la langue française était difficile ?

« Emma, une jeune Britan­ni­que fraî­che­ment débar­quée à Paris avec qui j’ai travaillé comme inter­prète au BHV, se deman­dait ce qu’étaient deve­nus les ponts un à huit à Paris, puis­que nous avions un « pont neuf ». Quand j’ai expli­qué en rigo­lant que neuf était syno­nyme de nouveau, elle s’est moquée de moi en me montrant dans un guide que c’était le plus vieux pont de Paris. Avouez qu’il y a de quoi en perdre son latin. »

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