CHRONIQUE DU LIVRE : AU BONHEUR DES FAUTES

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AUTEURE : Muriel GILBERT

EDITIONS : La Librairie Vuibert

Le résumé :

Pas de panique, ceci n’est pas un livre de plus sur cette satanée orthographe qui en a fait pâlir plus d’un à l’annonce d’une dictée !

C’est juste une immersion dans la vie de l’auteure, correctrice au journal « Le Monde ». Eh oui, c’est un métier de corriger les fautes des autres…

Muriel Gilbert nous explique l’origine de sa passion pour les mots, comment, de fil en aiguille et un peu par hasard d’ailleurs, elle est entrée dans ce monde si méconnu et pourtant si passionnant.

Elle en profite pour nous apprendre et nous expliquer quelques règles, c’est vrai. Mais ne vous inquiétez pas, elle le fait d’une manière si agréable et avec tant d’anecdotes (qui nous montrent d’ailleurs que même les plus grands font des fautes !), qu’on en regrette presque de ne pas l’avoir eue comme prof de français !

Allez, je ne résiste pas à vous confier quelques-uns des « bonbons sur la langue », comme les appelle l’auteure, qui m’ont le plus amusée :  

« Le mot oiseaux présente 2 particularités. C’est à la fois le mot le plus court de la langue française qui contienne toutes les voyelles (si l’on ne considère pas le y comme une voyelle à part entière) et le plus long dont on ne prononce aucune des lettres : un vrai casse-tête pour les étrangers ! »

Vous en voulez un autre ?

« Ressasser est le plus long palindrome de la langue française. Un palindrome est un mot que l’on peut lire dans les 2 sens, comme radar ou kayak. Il existe également des phrases palindromes, comme Elu par cette crapule ou La mariée ira mal. »

Voilà de quoi impressionner vos convives, lors des réunions de famille ou entre amis…

Mais on en apprend également plus sur l’Histoire, sur la construction de notre langage, sur l’importance de la ponctuation, sur la vague de féminisation des mots (à laquelle l’Académie Française s’est souvent opposé) et bien entendu sur la dernière réforme de l’orthographe.

Muriel Gilbert nous rappelle aussi que l’évolution de la langue dépend surtout de nous… Effectivement, les nouveaux mots qui rentrent dans le dictionnaire chaque année le font car nous les utilisons couramment. De même pour le féminin des mots : ce sera le féminin le plus utilisé qui entrera dans l’usage. Alors, diriez-vous auteure ou autrice ?

Quelques mots sur la forme de ce livre

Evidemment, ce n’est pas un roman, comme vous vous en doutez, bien que nous entrons tout de même dans la vie de l’auteure, qui nous raconte son parcours, avec légèreté et humour.

Au niveau structure, on retrouve dans chaque chapitre des encadrés, les fameux « bonbons sur la langue » dont je vous ai parlé plus haut. Mais Muriel Gilbert profite également du texte qu’elle écrit pour nous expliquer telle ou telle règle, ou encore comment bien utiliser un mot ou un accord, ce qui peut d’ailleurs changer complètement le sens de la phrase.

Voulez-vous savoir celui qui m’a le plus plu ?

Ecrit-on : des vaches blanches et noires, ou bien des vaches blanc et noir ? Réponse à la page 118 (petit indice : cela dépend si les vaches sont bicolores ou si le troupeau contient des vaches blanches et des vaches noires)

Marrant finalement l’orthographe non ??

A la fin du livre, vous trouverez  en outre une « boîte à outils » regroupant des livres et des sites de référence qui sont utilisés par ces correcteurs professionnels.

3 bonnes raisons de lire ce livre… (même, et surtout, si vous n’êtes pas fan d’orthographe !)

Tout d’abord, pour découvrir, à travers la vie et les péripéties de l’auteure, un métier qui sort du commun. Elle le raconte avec tant d’humour que rien que cela, en vaut la peine !

Ensuite pour toutes les anecdotes relatées. Par exemple, la faute d’orthographe commise par Bernard Pivot lui-même (bon, rappelons que ce Monsieur a tout de même une dictée qui porte son nom !)  ou encore, dans plusieurs communiqués officiels de l’Elysée !

De quoi nous déculpabiliser lorsque nous oublions un petit « s » à un pluriel non ?

Mais il suffit d’ouvrir le journal pour dénicher certaines perles ! Citons notamment « Son cadavre a été ramené sur la plage où il a récupéré rapidement » (au lieu de « où il a été récupéré rapidement » ça fait une différence tout de même, surtout pour le cadavre !)

Car il faut préciser que le correcteur ne s’arrête pas à la vérification de la seule orthographe. Il vérifie également le sens des textes qu’il corrige, du moins dans leur ensemble, pour s’assurer qu’ils transcrivent bien ce que leur auteur a voulu faire passer comme message…

Enfin, bien entendu, il faut lire ce livre pour apprendre. Non seulement les règles oubliées de notre enfance, mais aussi tous les trucs et astuces utilisés par ces experts pour retenir comment s’écrivent certains mots, ou leur genre.

Ainsi, dit-on un anagramme ou une anagramme ? On prononce « une nana-gramme », quoi de plus féminin qu’une nana ?

Pour un astérisque, on retiendra que c’est un garçon, comme Astérix le Gaulois, tout simplement.

Qui a dit que la langue française était difficile ?

« Emma, une jeune Britan­ni­que fraî­che­ment débar­quée à Paris avec qui j’ai travaillé comme inter­prète au BHV, se deman­dait ce qu’étaient deve­nus les ponts un à huit à Paris, puis­que nous avions un « pont neuf ». Quand j’ai expli­qué en rigo­lant que neuf était syno­nyme de nouveau, elle s’est moquée de moi en me montrant dans un guide que c’était le plus vieux pont de Paris. Avouez qu’il y a de quoi en perdre son latin. »

Chronique du roman : ET SI ON DANSAIT ?

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AUTEUR : ERIK ORSENNA

EDITIONS : STOCK

Le résumé :

Il s’agit en fait de la suite de plusieurs livres écrits par l’auteur : « La grammaire est une chanson douce », « Les Chevaliers du Subjonctif » et « La Révolte des accents ».

Vous constatez de suite de quoi il est question… de la langue française ! Mais Eric Orsenna l’a intégrée dans une histoire un peu surnaturelle, avec comme personnages principaux une jeune fille et son frère : Jeanne et Tom.

Dans ce livre-ci, nous retrouvons donc Jeanne, qui, pour se faire un peu d’argent et vivre dignement, pratique le métier « d’écrivain fantôme »… Ainsi, elle écrit des discours pour des politiciens, réalise des devoirs pour les étudiants,  aide les amoureux qui ne savent pas comment déclarer leur flamme, etc…

En filigrane, il est également question de l’histoire de la demoiselle, et de son amour pour Amitav, jeune homme qu’elle a dû laisser en quittant l’Inde, et à qui elle pense toujours…

Et puis, il y a cette mission périlleuse que Jeanne devra accomplir : faire en sorte que des mots, ayant été séparés de leurs livres suite à un naufrage, soient sauvés.  Eh oui, ici, les marées noires sont constituées de mots, bien vivants en plus !! C’est surnaturel, je vous avais prévenus ! Mais comment faire ? C’est une tâche immense que de démêler  tous les mots les uns des autres et savoir qui doit retourner dans « Le Lion » de Joseph Kessel, ou dans « Harry Potter » par exemple !! Cependant, Jeanne est une fille pleine de ressources, passionnée par les mots, et la solution qu’elle trouvera va vous étonner ! Mais je ne vous en dis pas plus… à vous de la découvrir !

Un tout petit roman en taille, mais quelle inventivité !

Eh oui, ce livre ne contient que 127 pages pour l’histoire (je n’ai pas compté les remerciements de l’auteur), il est très vite lu, mais le plaisir qu’il nous procure est inversement proportionnel à sa taille !

Qui aurait eu l’idée de faire échouer des mots sur une plage ? De les faire parler et marcher ? Pas grand monde je pense, et c’est bien là un des attraits de ce bouquin : il est inattendu !

Et en plus, on apprend et on réfléchit sur l’usage du français…

Sans s’en apercevoir ! Super non ? Je trouve que tous les étudiants devraient lire cette série de livre, cela les réconcilierait certainement avec le Français ! Et le rendrait plus ludique…

Car Jeanne réfléchit tout haut sur l’usage, tantôt des parenthèses, tantôt des virgules ou du mal-aimé point-virgule, etc…  Loin de nous assommer avec des règles rébarbatives, l’auteur les intègre dans l’histoire de Jeanne.

Comme, par exemple, dans son histoire d’amour avec Amitav : Si elle y met un point final, cela signifie que son histoire s’achève. Mais s’il s’agit de points suspensifs, cela indique une interruption de l’histoire, et donc, qu’elle pourra, peut-être, un jour reprendre… L’espoir de Jeanne va ainsi renaître !

Son frère, Tom, est lui plutôt musicien. Cela permet à Erik Orsenna de faire un parallèle entre le solfège, le rythme en musique, et la grammaire, car finalement, si vous y faites attention, ce n’est pas si différent !

Un livre « bonbon » !

Oui, moi j’appelle cela un livre « bonbon », car on le déguste comme une confiserie ! Les dialogues sont savoureux, l’histoire amusante, et on ne s’ennuie vraiment jamais au pays de Jeanne.

De plus, les illustrations un peu « rétros » présentes dans l’ouvrage renforcent encore ce sentiment agréable, cette originalité du récit. On a l’impression d’être en vacances dans ce pays, le pays de la grammaire…

Vous l’avez compris, je suis conquise ! Notez que je l’étais déjà à ma lecture de « La grammaire est une chanson douce » (que j’ai lu il y a quelques années) … et que je compte bien terminer la série au plus vite !

Ah, au fait, que pensez-vous de mon usage de la ponctuation dans cet article ? (Prière de répondre après avoir lu ce livre !!)

« Aucun dictateur n’aime les livres, Jeanne. Car les livres aident à rêver, à réfléchir et donc à critiquer. Quel besoin de rêver, pensent les dictateurs, puisque la société que j’ai créée est la meilleure possible ? Quel besoin de réfléchir puisque je décide tout pour vous ? Quand à la critique, je ne l’accepterai jamais. »

Et si on dansait ? Erik Orsenna – page 72